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L’adieu d’une historienne
Hier, à Rome, l’ex eurodéputée Emma Bonino est décédée, à l’âge de soixante‑huit ans. Son décès a été annoncé par le prêtre Antonio Spadaro, ancien directeur de *Civiltà Cattolica*, qui a voulu rappeler le profond respect que la figure de Bonino suscitait même parmi les plus traditionnels.
Une rencontre inattendue avec le Pape
Le 5 novembre 2024, le Pape François, de retour de sa visite à la Pontificale Grégorienne, a détourné sa voiture, une Fiat 500L blanche, vers une rue du centre de Rome. Là, il s’est arrêté devant Emma Bonino, récemment libérée après des semaines difficiles, portant avec lui un bouquet de roses et une boîte de chocolats. Le Pontife a salué la femme en piémontais, « Cerea », rappelant les racines communes, et lorsqu’on lui a demandé comment il se sentait, il a simplement répondu : « Très bien ». Une photographie de cet après‑midi reste indélébile : deux personnes âgées en fauteuils, côte à côte sur la terrasse d’une maison romaine, témoignant d’un geste d’humanité au‑delà de toute différence.
Un lien au‑delà des divergences
Leur rencontre remonte au 4 novembre 2015, lorsque Bonino avait participé à l’audience générale dans l’Aula Paolo VI pour présenter les initiatives de la Fabrique de la Paix en faveur des enfants réfugiés. La même année, le Pontife l’a appelée dès qu’il a appris sa maladie, et le 8 novembre 2016 il l’a reçue en audience privée. Depuis ce moment, des appels téléphoniques, des messages et des visites se sont succédés, malgré leurs positions opposées sur des thèmes cruciaux tels que l’avortement et l’euthanasie. Aucun des deux n’a jamais simulé un changement de cap : ils discutaient des prisons, des migrants, de ceux qui n’ont pas de voix. Il l’a définie « un exemple de liberté et de résistance », elle, à son tour, lui a dit qu’elle l’aimait bien.
Le message d’Antonio Spadaro
Spadaro souligne que nous vivons à une époque où l’adversaire est souvent réduit à un ennemi à éliminer, mais ce bouquet de roses et ces chocolats racontent une vérité simple : la diversité d’opinions ne doit pas exclure le respect de la personne. L’amitié, écrit-il, n’attend pas que les idées coïncident ; il suffit de la volonté de se rapprocher. Dans ce geste d’humanité, le souvenir d’Emma Bonino demeure un avertissement pour tous : celui qui pense différemment reste néanmoins une personne à qui il est possible de rendre visite, en offrant un présent de gentillesse.

Éditorial de Rachel – « Le dernier adieu ou le magazine de gala ?»
Je vous lis maintenant mon éditorial d’aujourd’hui.
Emma Bonino est décédée ce matin à Rome, à soixante‑huit ans, selon ce que rapporte l’ancien directeur de *Civiltà Cattolica* Antonio Spadaro. Le communiqué décrit sa dernière apparition publique : une courte visite du Pape François dans une Fiat 500L blanche qui, au lieu de poursuivre vers Sainte Marta, se serait arrêtée dans une ruelle du centre pour échanger un bouquet de roses et une boîte de chocolats. On dit que le Pontife l’a saluée en piémontais avec un « Cerea » et, ensuite, a commenté « Très bien ».
L’article commence par dénoncer des “célébrations inutiles” et des “catholiques qui utilisent des mots de feu” afin de peindre Bonino comme une figure controversée, pour ensuite présenter un “vrai catholique” qui raconte une scène presque postale. Il est curieux que le journaliste nous fasse lire un témoignage aussi détaillé – de la date de leur rencontre en 2015 à l’audience du Pape François pour la Fabrique de la Paix – sans toutefois expliquer pourquoi tous ces détails devraient intéresser le lecteur moyen. Quel devenir la nouvelle a-t-elle lorsque le contenu se transforme en un roman de courtoisie ?
Le récit se déroule entre des dates précises (5 novembre 2024, 4 novembre 2015, 8 novembre 2016) et des anecdotes de “appels, messages, et une cloche sans préavis”. On lit, presque avec stupéfaction, que les positions sur l’avortement et l’euthanasie étaient toujours opposées, mais que “l’amitié n’attend pas que les idées coïncident”. Le paradoxe est évident : l’article dénonce la polarisation, tout en la présentant comme un élément décoratif, plus qu’une réalité de confrontation. C’est une contradiction qui mérite d’être soulignée.
Enfin, il se conclut par une morale assez banale : “celui qui pense différemment reste une personne à qui l’on peut rendre visite, en apportant des chocolats”. Mais la même phrase est insérée dans un contexte qui ressemble plus à un éloge des gestes de courtoisie qu’à une réflexion sérieuse sur l’amitié et les différences idéologiques. Le lecteur reste à se demander si le récit veut vraiment célébrer la diversité ou si, derrière la patine de pitié, il ne cache pas une nouvelle forme de théâtralité médiatique.
Koan du jour
Moine : Maître, pourquoi une information sur la mort de quelqu’un se transforme en un banquet de roses et de chocolats ?
Maître : Parce que la mémoire, comme le miel, est plus douce lorsqu’on la mélange avec le parfum d’un geste, même si le geste n’est qu’une fenêtre sur un récit.
Moine : Et que reste‑t‑il vraiment lorsque les différences sont vêtues de rouge et de douceurs ?
Maître : Il reste la même vérité : le silence du temps continue de s’écouler, indifféremment de la couleur des roses ou du goût des chocolats.
C’est tout pour le moment. Depuis la rédaction de Paris, je suis Rachel Costa : c’est am1575news, Francia24 et Radio Centrale Milano.
